Monsieur le Préfet,
La fin de la trêve hivernale marque chaque année un moment de grande inquiétude pour des milliers de familles. Cette année encore, elle intervient dans un contexte particulièrement préoccupant, en Île-de-France comme dans les Hauts-de-Seine.
La crise du logement que nous connaissons n’est plus conjoncturelle : elle est devenue une crise sociale majeure.
Selon le rapport 2026 L’État du mal-logement en France publié par la Fondation pour le logement des défavorisés, 30 500 expulsions locatives ont été exécutées en 2025, un niveau inédit, établi à partir des données du ministère de l’Intérieur, des commissaires de justice et du ministère du Logement.
Dans le même temps, 4,1 millions de personnes sont mal-logées, 350 000 vivent sans domicile et 2,7 millions de demandes de logement social restent en attente à l’échelle nationale.
En Île-de-France, les données officielles de la DRIHL Île-de-France indiquent que plus de 820 000 ménages attendent aujourd’hui un logement social, dont plus de 95 000 dans les Hauts-de-Seine.
Parallèlement, les bilans annuels de la DRIHL confirment aussi la saturation durable de l’hébergement d’urgence : chaque soir, des demandes adressées au 115 restent sans solution, y compris pour des familles avec enfants.
Cette situation n’est pas une fatalité. Elle résulte de choix politiques.
Dans le même temps, l’Union sociale pour l’habitat alerte sur une dégradation structurelle du logement social : près de 2,6 millions de demandes non satisfaites fin 2023, tandis que la production chute fortement avec 82 200 logements sociaux agréés en 2023 contre 124 200 en 2016.
Depuis 2018, la Réduction de loyer de solidarité a par ailleurs retiré environ 1,3 milliard d’euros par an aux organismes HLM, réduisant leurs capacités d’investissement et donc la construction de logements accessibles.
Les données publiées par l’INSEE et le Service des données du ministère de la Transition écologique confirment également une chute des mises en chantier depuis 2022, aggravant la pénurie de logements abordables.
S’ajoute, depuis 2024, le durcissement des procédures d’expulsion issu de la loi dite Kasbarian-Bergé, qui fragilise davantage des ménages déjà touchés par la hausse des loyers, de l’énergie et du coût de la vie.
L’absence d’une politique nationale ambitieuse contre la spéculation foncière, combinée au non-respect de la loi SRU dans certaines villes, aggrave la pénurie de logements accessibles et reporte l’effort de solidarité sur quelques territoires déjà fortement engagés.
Dans un département parmi les plus riches de France mais marqué par de fortes inégalités territoriales, ces évolutions produisent des effets très concrets : concentration du logement social dans certaines communes, difficultés croissantes de relogement après expulsion et pression accrue sur les dispositifs d’hébergement financés par l’État.
Or l’accès au logement constitue un droit reconnu par la loi et engage directement la responsabilité de l’État : responsabilité de faire respecter la loi SRU, d’organiser l’hébergement d’urgence inconditionnel et de prévenir les expulsions sans solution.
C’est pourquoi je souhaite vous poser trois questions précises.
Premièrement, quelles mesures concrètes entendez-vous prendre, dans les Hauts-de-Seine, pour faire appliquer pleinement les obligations de la loi SRU et mettre fin aux situations persistantes de carence en logement social dans certaines communes ?
Deuxièmement, à l’issue de la trêve hivernale, pouvez-vous nous indiquer ce qui a été mise en place afin d’éviter les expulsions sans solution de relogement ou d’hébergement, notamment pour les familles en situation de fragilité économique ?
Enfin, face à la saturation reconnue de l’hébergement d’urgence, que prévoyez-vous en matière d’hébergement d’urgence des populations les plus fragiles pour que les efforts soient à la fois renforcé et mieux partagé sur tout le territoire départemental.
Je vous remercie.
