Monsieur le Président, chers collègues,
Nous formulerons quelques remarques conjointes sur ces trois rapports : le budget primitif 2026, le compte administratif 2025, et les tableaux des effectifs des établissements de l’ASE.
Concernant la Pouponnière Paul Manchon d’abord,
Le décret du 5 septembre 2025 apporte des changements significatifs au fonctionnement de cette structure, située sur deux sites, à Asnières et au Plessis. Pour rappel, il s’agit de la structure d’accueil d’urgence des enfants de 0 à 3 ans.
Ainsi, la capacité maximale est désormais limitée à 30 places par site, la durée de placement à quatre mois, renouvelable une fois, et les normes d’encadrement sont renforcées. Les structures doivent également proposer un accompagnement à la parentalité.
Si l’ensemble de ces dispositions vont dans le bon sens, notre groupe tient néanmoins à alerter cette assemblée sur plusieurs points.
Tout d’abord, sur la question de la capacité d’accueil.
La capacité de la pouponnière, auparavant fixée à 84 places, est désormais réduite à 60 places.
Cela constitue déjà une baisse importante de l’offre d’accueil.
Mais dans le même temps, nous constatons une baisse du taux d’occupation et de l’activité par rapport à 2024, qui s’explique notamment par les travaux engagés, qui réduisent temporairement la capacité, et l’application du décret.
Cela pose une question essentielle :
Comment le Département entend-il adapter l’offre d’accueil, alors même que les besoins restent importants ?
Mais surtout, la situation réelle est encore plus préoccupante.
Concernant le site d’Asnières, les 30 places annoncées sont en réalité théoriques.
Du fait des travaux en cours et du gel d’un certain nombre de places dans l’attente d’un avis de la commission de sécurité, ce sont aujourd’hui seulement 16 places qui sont effectivement disponibles.
Ainsi, à ce jour, la pouponnière a perdu 34 places.
Nous savons que ces structures étaient déjà sous tension.
Que comptez-vous faire pour adapter l’offre d’accueil d’urgence des nourrissons et des moins de trois ans ?
Prévoyez-vous notamment d’investir dans la construction d’un nouveau site ?
Ensuite, la limitation de la durée d’accueil impose une orientation rapide des enfants vers des structures d’accueil pérennes.
Or, nous constatons que de plus en plus d’enfants sont accueillis hors du département, que ce soit en accueil familial ou collectif.
Cela pose des questions importantes :
sur le suivi des enfants, sur les contrôles, et sur l’organisation des visites médiatisées.
Que comptez-vous faire pour renforcer les capacités d’accueil pérenne dans les Hauts-de-Seine ?
Nous ne contestons pas la nécessité d’investir dans les bâtiments.
Mais il faut aujourd’hui interroger le sens et les objectifs des travaux réalisés.
Les personnels le disent clairement :
les bâtiments sont anciens et structurellement inadaptés, notamment pour le site du Plessis. Les conditions d’accueil et de travail ne sont pas réellement améliorées, et des difficultés importantes persistent, notamment en matière de chauffage.
Cela pose une question de fond : Faut-il continuer à investir dans un bâti vieillissant, ou envisager des solutions plus structurelles, comme une reconstruction ?
Nous sommes d’ailleurs demandeurs d’une visite de l’ensemble de ces sites après travaux. Nous avions pu le faire avant travaux en début de mandat.
Concernant les effectifs,
Les rapports présentent les postes budgétés.
Mais une question essentielle demeure : combien de ces postes sont réellement pourvus ? Les rapports ne sont pas clairs à ce sujet.
Sur le terrain, les manques sont bien identifiés : manque de nombreuses infirmières, personnels des services généraux, cuisiniers.
Cela conduit à un recours encore important à l’intérim pour faire fonctionner les services.
Même si l’intérim est en baisse à la Cité de l’enfance, cela reste élevé à la Pouponnière et au Centre maternel.
Quel est aujourd’hui le nombre précis de postes non pourvus, et sur quelles fonctions ?
Ces difficultés perdurent et ont des conséquences très concrètes.
En cuisine notamment, lorsqu’il n’y a pas suffisamment de personnel, les enfants sont bien sûr prioritaires, ce qui est normal, mais les agents eux-mêmes ne peuvent parfois pas bénéficier de repas.
C’est un réel problème, qui traduit les tensions de fonctionnement.
Plus largement, cela pose la question de l’attractivité des postes.
Sans revalorisation significative, ces services resteront durablement en tension.
Il est indispensable de pouvoir enfin travailler sur l’attractivité pour recruter et fidéliser.
Nous entendons les contraintes statutaires.
Mais dans les faits, plusieurs départements — de sensibilités politiques différentes — ont fait le choix d’agir concrètement pour renforcer l’attractivité des métiers de l’ASE.
Certains ont mobilisé des leviers indemnitaires, d’autres ont travaillé sur les conditions de travail, l’organisation ou la fidélisation des équipes.
Notamment sur la question du logement qui est aussi identifié, comme un facteur déterminant d’attractivité dans la fonction publique. Sur le terrain les professionnels le disent très clairement, Lorsqu’on ne peut pas se loger on ne prend pas le poste. Cela montre que des marges d’action existent.
Monsieurr le President, On ne peut pas tout faire… mais on peut toujours faire davantage !
Enfin, ces constats doivent être mis en regard des données budgétaires.
Les rapports font apparaître des excédents, alors même que les besoins sont manifestes sur le terrain : en effectifs, en conditions de travail, en qualité d’accueil.
En réalité, tout cela interroge sur la cohérence globale de l’utilisation des moyens.
Pour terminer concernant la Cité de l’enfance, La réorganisation des cycles de travail des agents de nuit suscite de fortes inquiétudes.
Les éducateurs redoutent une dégradation de leurs conditions de travail.
Ces préoccupations doivent être entendues.
Au fond, ce que ces rapports et les remontées du terrain mettent en évidence, c’est un décalage persistant :
entre les capacités affichées et les capacités réelles, entre les effectifs budgétés et les effectifs réellement en poste, et entre les investissements réalisés et les besoins concrets.
Ce décalage, aujourd’hui, n’est plus tenable.
Ainsi, pour l’ensemble de ces raisons, nous voterons contre les rapports concernant le compte administratif, le budget et les tableaux des effectifs de l’ASE.
Parce que derrière ces chiffres, il y a des enfants placés et accueillis, et des professionnels pleinement engagés, qui font vivre ces établissements chaque jour.
Je vous remercie.
