La Seine est le fil qui relie les villes des Hauts-de-Seine et dessine le territoire de notre département depuis des siècles. Nous sommes, collectivement, les héritiers de son histoire. Une histoire riche, traversée de lumières et d’ombres.
La Seine a porté la vie économique et populaire de notre territoire : ses ports, ses guinguettes, ses industries et ses lavandières ont façonné l’identité des communes qui la bordent. Elle a été le témoin de moments de fraternité, d’invention, de résilience.
Mais la Seine fut aussi le théâtre d’une tragédie que notre République a mis trop longtemps à reconnaître.
Dans la nuit du 17 octobre 1961, des centaines d’Algériens qui manifestaient pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé furent sauvagement réprimés par les forces de l’ordre, sous les ordres du préfet Maurice Papon. Des dizaines de personnes furent tuées, battues, et pour certaines jetées dans la Seine. Leurs corps furent retrouvés en aval, sur les berges des communes des Hauts-de-Seine.
Ce massacre, longtemps tu et minimisé, a été officiellement reconnu par l’État français. Le 17 octobre 2012, le Président de la République François Hollande a rendu hommage aux victimes de cette répression sanglante. En 2021, le Président Emmanuel Macron a reconnu les faits avec la même solennité.
Les Hauts-de-Seine comptent aujourd’hui de nombreux habitants d’origine algérienne et franco-algérienne, qui font la diversité et la richesse de ce département.
Les évènements du 17 octobre 1961, qui se sont en partie produits sur ce territoire, ont lourdement marqué l’histoire personnelle et/ou familiale de beaucoup d’entre-eux.
Il y a donc là un enjeu de mémoire nationale, mais aussi de mémoire locale.
Si cette mémoire est aujourd’hui vivante, c’est grâce à l’action déterminée et inlassable des descendants des victimes, regroupés au sein du Collectif du 17 octobre 1961, qui ont porté pendant des décennies l’exigence de vérité et de reconnaissance. Ce sont eux qui sont à l’origine de l’organisation des commémorations dans nos communes.
Dans les Hauts-de-Seine, plusieurs associations incarnent cet engagement mémoriel au plus près des habitants : à Colombes, Les Fennecs de Colombes ; à Nanterre, les Chibanis et le Collectif du 17 octobre 1961, entre autres. Leur travail de mémoire, de transmission et de mobilisation citoyenne mérite la reconnaissance et le soutien de notre institution.
Se souvenir de cette tragédie, ce n’est pas diviser : c’est au contraire reconnaître notre histoire dans toute sa complexité, pour mieux construire un avenir commun apaisé et lucide.
Aujourd’hui, sur les territoires de plusieurs villes des Hauts-de-Seine, sont prises des initiatives contribuant à ce travail mémoriel, notamment à Asnières-sur-Seine, Bagneux, Clichy, Colombes, Gennevilliers, Malakoff, Nanterre ou Villeneuve-la-Garenne.
Ces initiatives locales témoignent d’un engagement sincère en faveur du devoir de mémoire, du respect et de la transmission.
C’est pourquoi, par ce vœu, nous proposons que le Département des Hauts-de-Seine s’inscrive pleinement dans cette démarche et soit présent, aux côtés des communes, lors des commémorations du 17 octobre 1961 organisées sur notre territoire, mais aussi en accompagnant au quotidien les citoyens et les chercheurs œuvrant à ce travail de mémoire.
Il s’agit d’un geste de reconnaissance, de responsabilité et d’unité. Être présent, c’est affirmer que notre collectivité assume son histoire, honore la mémoire des victimes et participe à la construction d’une mémoire partagée.
Le Département des Hauts-de-Seine, en tant que collectivité héritière de ce territoire et de son histoire, se doit d’être présent à ces moments de mémoire. La commémoration du 17 octobre 1961 n’est pas seulement l’affaire des communes concernées : elle engage la responsabilité morale et civique de l’ensemble de notre institution.
À l’heure où les discours de haine et les idées qui ont conduit à de tels drames resurgissent dans le débat public, cet indispensable travail de mémoire est plus que jamais un acte politique, pacifique et citoyen.
Ainsi, considérant l’ensemble de ces éléments, le Conseil départemental des Hauts-de-Seine, réuni en séance publique le 16 octobre 2026, émet le vœu :
- que le Département des Hauts-de-Seine soit officiellement représenté chaque année, à compter du 17 octobre 2026, aux cérémonies commémoratives organisées par les communes du département en mémoire des victimes de la répression du 17 octobre 1961 ;
- que le Président du Conseil départemental ou son représentant prenne part à ces moments de recueillement et de transmission de la mémoire, en lien avec les municipalités organisatrices ;
- que le Département des Hauts-de-Seine accompagne les citoyens, associations et chercheurs œuvrant à ce travail mémoriel, notamment en favorisant l’accès au fonds départemental d’archives relatif à cet évènement, et en valorisant l’action des associations le concernant ;
Enfin, le Conseil départemental appelle l’ensemble des élus départementaux à s’associer, selon leurs disponibilités, à ces commémorations qui témoignent de notre engagement collectif pour une mémoire vivante, juste et partagée.
