Le mardi 27 juin, à Nanterre, le jeune Nahel a été tué par un policier lors d’une interpellation. Le juge a mis en examen ce policier pour homicide volontaire et l’a placé en garde à vue. Le procureur a depuis considéré que les conditions légales d’usage de l’arme n’avaient pas été réunies.

            Les images de la scène ont rapidement circulé. Le ministre de l’Intérieur les a qualifiées « d’extrêmement choquantes » et le Président de la République a évoqué un drame « inexplicable et inexcusable ».

            La loi donne aux forces de l’ordre le droit de porter une arme et de s’en servir avec des conséquences mortelles. Cette faculté exceptionnelle exige des policiers le strict respect des conditions de son utilisation et un surcroît de responsabilité. La confiance de la Nation en sa police repose sur leur observation rigoureuse, impartiale et proportionnée.

            Les images que nous avons tous vues démontrent que ce cadre n’a pas été respecté. Il appartient maintenant à la justice d’instruire cet homicide et de décider des sanctions. La jeunesse de Nanterre a réagi immédiatement à ce qu’elle a considéré comme une injustice, une humiliation et une preuve de plus des traitements discriminatoires qu’elle subit quotidiennement.

            Comme l’a dit aussitôt le maire de Nanterre, notre collègue Patrick Jarry, la violence ne résout rien et comme lui nous avons assisté avec tristesse à son déchainement quasi suicidaire.

            Alors que les émeutes ont cessé, nos premières pensées vont à toutes les victimes, nos remerciements aux forces de sécurité publique de l’État et des collectivités et aux pompiers qui ont évité le pire et notre solidarité à tous les élus et au monde associatif qui se sont courageusement interposés.

            Il n’est pas dans les missions d’un élu de dormir dans sa mairie ou son école pour lui éviter de bruler. Ils l’ont fait parce qu’ils ont eu le sentiment que le sens même de l’action publique était à défendre. Nous souhaitons les en remercier tous sincèrement et vous me permettrez d’avoir une pensée particulière pour nos deux collègues Patrick Jarry et Laureen Genthon qui ont été plongés au cœur de la tourmente.

            L’heure est au bilan, à l’analyse et aux explications. Ce ne sont pas les premières émeutes urbaines. Leur répétition dans le temps nous oblige à écarter les interprétations oiseuses sur le rôle des réseaux sociaux ou la dilution de l’autorité parentale et les thèses dangereuses selon lesquelles les jeunes des communes populaires seraient engagés dans un processus de décivilisation.

            Ces émeutes ont touché les villes des métropoles, mais aussi parfois des petites communes tranquilles de territoires ruraux. Dans les deux cas, elles se sont nourries par le sentiment du déclassement social, économique et politique. En cela, elles ne sont pas sans rappeler le soulèvement des gilets jaunes qui était animé par la même peur de la relégation.

            Leurs causes sont certes multiples, mais nous devons entendre cette demande de justice et cette exigence ancrée dans notre histoire politique d’une égalité réelle des droits. À Nanterre comme à Sanvignes-les-Mines, à Marseille comme à Bergerac, ce qu’exprime sans doute cette colère, c’est les difficultés d’accès au logement, à la santé, à l’éducation, au transport. C’est-à-dire ce qui constitue le cœur des politiques publiques. Il nous faut donc répondre à cette crise par leur renforcement et je crois que nous serons tous d’accord pour considérer que cette relance des politiques de la ville doit être conduite par les maires et les élus avec l’aide de l’État. La meilleure façon de protéger un maire est sans doute de lui donner les moyens d’apporter des solutions concrètes aux difficultés de ses concitoyens.

L’autre condition est de ne pas laisser les maires des communes populaires seuls à tenter de régler les problèmes sociaux de leurs habitants. L’égalité et la fraternité doivent aussi s’exercer pour les aider.

Les appels au respect des principes de la République sont nombreux. Défendre la République c’est aussi s’engager pour que chaque collectivité et notamment la nôtre prenne sa part de l’action sociale.

La pire conséquence de la crise présente serait que les communes les plus touchées se retrouvent de nouveau seules à faire face à des processus de ségrégation toujours plus puissants.