Les indices de position sociale (IPS) classent les établissements scolaires en fonction de la situation socio-économique des parents d’élèves. Dans les Hauts-de-Seine, pour l’année scolaire 2024-2025, les vingt collèges ayant les IPS les plus élevés sont tous privés, tandis que les trente-deux ayant les IPS les plus bas sont tous publics. L’IPS du collège Évariste Galois à Nanterre est de 81, contre 160 pour celui de Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine !

            Depuis dix ans, cette disparité sociale entre établissements ne cesse de s’aggraver. Elle résulte en grande partie d’un choix politique et économique des établissements privés sous contrat, qui sélectionnent majoritairement les élèves issus des familles les plus favorisées, souvent perçues comme ayant de meilleures chances de réussite scolaire. À l’inverse, les établissements publics n’ont pas la possibilité de trier leurs élèves et remplissent pleinement leur mission de service public en accueillant tous les enfants, quelles que soient leurs origines sociales.

            Cette situation alimente une forme de séparatisme scolaire, qui reproduit et renforce les inégalités liées à l’habitat. Pourtant, l’État et les collectivités financent à hauteur de près de 80 % le budget des établissements privés sous contrat. Il serait donc légitime d’exiger de ces établissements une réelle contribution au développement de la mixité sociale, qui reste l’un des leviers essentiels de la réussite éducative. En d’autres termes, pourquoi continuer à allouer autant de fonds publics à des établissements qui refusent la mixité sociale ?

            La France est l’un des pays de l’OCDE où l’origine sociale des élèves a le plus d’influence sur leur réussite scolaire. Cette ségrégation fragilise le projet républicain, car la République devient de plus en plus incapable de garantir à tous les élèves le droit à une éducation qui valorise leurs efforts et nourrit leurs ambitions.

            Il serait juste de réduire le financement public des établissements privés qui refusent la mixité sociale, pour renforcer l’appui aux établissements publics qui la favorisent. Comme d’autres départements, celui des Hauts-de-Seine devrait moduler ses financements en apportant davantage à ceux qui ont le plus besoin de soutien.

Pierre Ouzoulias