Monsieur le Président, chers collègues,

Avant de revenir sur ce rapport et son contenu, permettez-moi d’avoir une pensée émue à l’égard d’une jeune altoséquanaise, Inès Lara, âgée de 23 ans, poignardée à mort par son ex-compagnon, lui-même âgé de 21 ans, le 13 novembre dernier, il y a à peine 3 semaines. Notre groupe souhaite s’associer, ici publiquement, aux nombreux messages de soutien en direction de la famille et des proches de la victime.

Notre Département n’est évidemment et malheureusement pas le seul touché par cette abomination que sont les féminicides. Depuis le début de l’année 2025, 149 féminicides ont été enregistrés en France. 149 vies, dont celle de la jeune Inès, ont été enlevées parce que des hommes ont considéré qu’elles leur appartenaient ; parce qu’ils jouissaient d’une impunité crasse et parce que notre système de protection est clairement défaillant.

Nous le savons. Nous savons que toutes les 7h, une femme en France sera victime de féminicide ou de tentative de féminicide. Nous savons que parmi les femmes tuées, 81 % d’entre elles avaient déposé plainte et pourtant elles ont été tuées. Nous savons donc que les pouvoirs publics ne nous protègent pas. Nous savons aussi que plus de 80 % des femmes victimes de violences ne portent pas plainte, nous savons que 85 % des plaintes sont classées sans suite. Nous savons que les féminicides sont en hausse de 11 % entre 2024 et 2025 ! Bref, nous savons tous et pourtant le cauchemar perdure.

Ces données sont issues de la MIPROF, la Mission Interministérielle pour la Protection des Femmes. Elles sont précieuses pour comprendre et donc pour agir ! Tout comme les travaux de l’Observatoire départemental, nous savons également qu’en 2024, dans notre département, il y a eu 14 tentatives de féminicides – c’était 13 en 2023 et 7 en 2022. Je vous alertais à ce sujet en juillet dernier, Monsieur le Président. Ces hausses de violences à l’encontre des femmes et des jeunes femmes sont extrêmement inquiétantes, elles sont également associées à un puissant déferlement des discours masculinistes, violents, rétrogrades, dangereux dont l’influence est de plus en plus forte auprès des jeunes garçons. Nous sommes convaincues, Monsieur le Président, que ces féminicides ne sont pas une fatalité, qu’ils peuvent être combattus grâce à des politiques publiques globales intégrées, dotées de moyens conséquents.

J’en viens au rapport. Dès 2021, j’intervenais sur le rapport égalité de 2019, je vous suggérai à l’époque, de mettre en place 5 actions. Heureuse d’en voir 4 se concrétiser ces dernières années et figurer dans le rapport :   

– la 1ère : créer un Observatoire départemental sur les violences faites aux femmes  => c’est fait, créée en 2023. Nous en sommes très contentes. Leurs études et leurs action sont précieuses. Continuons !

– la 2ème : engager un plan de formation ambitieux auprès des professionnels => c’est en cours : vous formez les agents et les directions sur le sujet des violences, avec des intervenantes expertes comme Ernestine RONAI que je salue et à qui nous devons bcp dans cette lutte en France et dans le monde.

– la 3ème : adhérer au Centre régional Hubertine Auclert => c’est fait aussi, adhésion réalisée en Mars 2023.

– la 4ème : développer le sport féminin départemental => c’est fait également et c’est de grande qualité. Félicitations aux services des sports et à notre collègue, Daniel Courtès à qui je souhaite un prompt rétablissement.

– enfin la 5ème proposition, vous ne l’avez pas reprise et nous pensons que c’est un erreur : il s’agissait d’améliorer l’hébergement d’urgence et temporaire des femmes victimes de violences, car on le sait, la mise en sécurité des femmes et de leurs enfants passe très souvent par leur relogement.

Selon la FNSF, Fédération Nationale Soildarité Femmes, qui gère notamment le 3919, le manque d’hébergements adaptés est une mise en danger des femmes victimes. 1 femme victime de violences sur 6, et leurs enfants, ont besoin d’accès à un hébergement dans le parc social – 4/10 qui en font la demande n’ont AUCUNE solution d’hébergement.

Sur ce sujet, permettez-moi dans un 1er temps de saluer le travail des trois associations que nous finançons et qui gèrent l’hébergement dans les Hauts-de-Seine : L’Escale, le Centre Flora Tristan et l’AFED 92. Toutes nous le disent : les places manquent, le 115 est surchargé ils ne répondent plus ! Le temporaire est devenu l’urgent et cela conduit inévitablement beaucoup de femmes à retourner dans la gueule du loup, au domicile du conjoint violent.

Nous pensons donc qu’une action départementale concertée avec les 36 villes et les bailleurs notamment HDSH, doit être menée pour, à la fois augmenter les places en hébergement, mais aussi et surtout améliorer leur répartition sur tout le territoire. Ce qui n’est actuellement pas le cas et cela n’est pas normal ! La cartographie des places d’hébergement dans les Hauts-de-Seine, publiée dans le diagnostic de l’Observatoire, montre que 14 villes ne disposent d’aucune structure d’accueil. J’aimerai comprendre Monsieur Le Président, pour quelles raisons Boulogne, Clamart, Chatenay, Saint Cloud, Sceaux, Vaucresson, Bourg La Reine, ou encore Chaville ne dispose d’aucune place d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violences. Et, je sais que les femmes de ces villes connaissent malheureusement des violences puisque pour certaines d’entre elles, elles ont été accueillies à la Maison des Femmes de Nanterre !

Si l’effort n’est pas partagé de manière juste et équitable, nous ne parviendrons pas à répondre à la demande qui va croissante, la crise du logement accentuant cette hausse. Et les nuitées d’hôtel c’est bien ça dépanne mais c’est un cautère sur une jambe de bois vous le savez bien.

Nous réitérons donc notre demande, Monsieur Le Président : réaliser dans un premier temps un état de lieux précis, ville par ville, du nombre d’hébergement présent dans chaque ville et encourager celles qui n’en disposent pas à se doter de places. Vous vous étiez d’ailleurs engagé, lors de la CP du 21 septembre 2020, à créer un groupe de travail, ouvert aux élu.es de l’opposition, afin de réaliser cet état des lieux. Nous sommes toujours partants !

Enfin, j’attire votre attention sur la Circulaire ministérielle du 25 novembre 2025, adressée aux Préfets, relative à l’organisation territoriale du parcours d’hébergement et de relogement des femmes victimes de violences, issue du Ministère de la Ville et du Logement. Elle vise à améliorer l’efficacité et la qualité de la prise en charge des victimes, en structurant l’organisation des parcours au niveau local, et ce dans le but je cite d’« assurer aux femmes victimes de violences un « accès immédiat à un hébergement d’urgence sécurisé », même si « les services habituels sont indisponibles ».

Notre département pourrait être le 1er de France à signer ce protocole avec les services de l’État, nous vous encourageons à le faire dès le début de l’année 2026.

Un mot, pour conclure, sur la situation des familles monoparentales : j’étais intervenue en 2024 pour demander la création d’un groupe de travail sur ce sujet. Je constate en lisant ce rapport que nous avons été entendus. C’est très bien et pour que ce travail soit pleinement partagé et efficace, il est là aussi essentiel d’y inclure toutes les villes ainsi que leur CCAS, notamment les villes en QPV, où les familles monoparentales sont sur-représentées. La ville de Nanterre a d’ailleurs produit une analyse pointue sur cette question, nous pourrions vous transmettre cette étude et contribuer à la réflexion collective. Nous restons disponibles pour échanger avec vous sur ce point et d’autres.

Je vous remercie.