Monsieur le Président,

Nous souhaitons revenir ici, pour la bonne information des Alto-Séquanaises et des Alto-Séquanais, sur les conséquences de la cyberattaque dont ont été victimes les services de notre Département au mois de mai dernier, et qui a très fortement perturbé leur fonctionnement.

Nous tenons à dénoncer avec la plus grande fermeté de tels actes malveillants et criminels à l’encontre de nos services publics.

Depuis cette cyberattaque, nous avons été, en tant qu’élus locaux, quotidiennement sollicités sur les dysfonctionnements qui en découlent, en particulier sur les prestations des services sociaux départementaux.

C’est le cas, par exemple, pour le renouvellement des cartes Améthyste, ou encore pour le suivi des dossiers d’Aide personnalisée d’autonomie (APA). La situation est également très préoccupante concernant la MDPH, qui connaissait déjà avant cet événement de grandes difficultés à traiter les dossiers dans les délais impartis. Nous avions d’ailleurs demandé la mise en place d’un plan d’urgence pour cette structure.

Les effets de cette crise se répercutent aussi directement sur les agents départementaux, qui sont mis en difficulté pour accomplir leurs missions et voient leurs conditions de travail se dégrader davantage.

Dans les Services sociaux territoriaux notamment, cette cyberattaque est venue s’ajouter à des difficultés structurelles déjà bien connues : manque d’effectifs, pénurie de matériel, surcharge de travail, absence de reconnaissance.

La réalité vécue par les agents est édifiante.

Pour imprimer ou scanner les documents administratifs des usagers, ils doivent partager une unique clé USB entre plusieurs services – RSA, PMI, unités d’évaluation, d’accompagnement ou administratives. Résultat : perte de temps, déplacements incessants entre étages et rupture du suivi des rendez-vous.

Les imprimantes restent régulièrement inutilisables faute d’encre ou de papier, obligeant les agents à démonter des cartouches d’un étage à l’autre, quand ils ne doivent pas acheter eux-mêmes leurs fournitures. Certains fabriquent même leurs cahiers avec des feuilles agrafées.

Ces conditions humaines et matérielles ne sont pas dignes du deuxième département le plus riche de France. Si nous avons déjà eu l’occasion de soulever ces problématiques, celles-ci pèsent encore davantage avec les effets de la cyberattaque, qui viennent s’y ajouter et accentuer les difficultés des agents comme des usagers.

Dans le champ de la Protection de l’Enfance, les inquiétudes sont vives : des enfants sont déplacés dans la précipitation, des suivis sont interrompus, et les professionnels peinent à exercer leurs missions dans un cadre instable et épuisant.

Ces dysfonctionnements fragilisent des équipes déjà en tension et compromettent le sens même de leur mission de protection, au cœur de la responsabilité du Département.

Au-delà de ces aspects, les Centres communaux d’action sociale des villes, qui sont en première ligne face aux sollicitations des usagères et des usagers, se trouvent eux aussi placés en difficulté.

Ils ne disposent pas toujours des informations nécessaires pour répondre aux demandes sur les dossiers déposés auprès des Services des solidarités territoriales ou de la MDPH, faute d’échanges clairs et réguliers avec le Département.

Contrairement à ce qui a pu être annoncé, tous les CCAS n’ont pas été conviés aux réunions d’information organisées par le Département sur ce sujet. Ce manque de coordination crée de la confusion et de la frustration sur le terrain, y compris parmi les agents d’accueil qui font pourtant de leur mieux pour accompagner les publics les plus fragiles.

Monsieur le Président, comment comprendre qu’un Département aussi important et doté que le nôtre, chef de file de l’action sociale, laisse aujourd’hui ses services fonctionner à flux tendu, sans moyens suffisants, sans écoute réelle du terrain et sans visibilité claire pour les agents comme pour les usagers ?

Certes, chacun connaît les contraintes financières imposées par les baisses de dotations de l’État. Mais celles-ci ne peuvent en aucun cas justifier que la compétence sociale, qui relève pleinement de la responsabilité départementale, soit affaiblie au point de compromettre l’accès aux droits des habitants les plus fragiles.

Nous souhaiterions donc savoir, très concrètement, où en est le plan de recrutement des travailleurs sociaux et médico-sociaux annoncé par votre majorité. Combien de postes vacants restent encore à pourvoir dans les services sociaux territoriaux, à la MDPH, et dans les services de protection de l’enfance ? Quels dispositifs d’attractivité et de fidélisation le Département entend-il mettre en œuvre, alors que la surcharge de travail et le manque d’outils entraînent de nombreux départs ?

Enfin, il nous semble essentiel, au nom du devoir de transparence, que soit porté à la connaissance des élus le rapport de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, l’ANSSI, suite à cette cyberattaque, afin que nous puissions disposer d’une vision claire et partagée de la situation et sur les perspectives de retour à la normale.

Monsieur le Président, nous ne parlons pas ici de simples retards administratifs, mais d’un service public social qui s’essouffle, faute d’écoute et de volonté politique.

Le Département des Hauts-de-Seine a les moyens d’agir, il a les compétences pour le faire. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un vrai choix politique : celui de la solidarité, du respect des agents et de la dignité des usagers.

Notre groupe continuera à le rappeler, avec détermination, tant que cette exigence ne sera pas pleinement satisfaite.