Voir l’intervention de Laureen Genthon ici :

Monsieur le Président, Chers Collègues,
Notre groupe votera bien entendu favorablement cette délibération.
Nous soutenons pleinement la démarche de ces contrats locaux contre les
violences sexistes et sexuelles qui, comme le souligne le rapport, vont
permettre de donner de la visibilité aux actions menées par les villes et leurs
partenaires et ainsi renforcer le maillage territorial opérationnel.
Ces actions sont d’autant plus importantes que les besoins, malheureusement,
ne cessent de grandir sur cette question.
Pour preuve : le 25 juin dernier, dans son rapport annuel de 2024, la Fédération
Nationale Solidarité Femmes (FNSF), association qui gère le n° d’urgence 3919,
fait état d’un nombre d’appels record depuis leur existence. Plus de 100 000
appels en 2024, dont soit 6 fois plus de victimes de soumission chimique suite
au procès de Gisèle Pelicot !
L’association alerte : le nombre d’appels augmente mais également l’intensité
des actes signalés : tortures, actes de barbarie ou encore strangulations. C’est
ce que nous redoutons le plus, toutes et tous ici dans cette assemblée, qu’un
féminicide ait lieu dans nos villes, dans notre département. Et pourtant, c’est
ce qu’observe l’association : « une augmentation significative de femmes dans
des situations à fort risque de féminicide ».
Ce triste record confirme 2 choses :

  • une avancée salutaire dans la reconnaissance et la dénonciation des violences
    faites aux femmes ; mais aussi
  • une impréparation collective face à l’ampleur du phénomène
    Aussi, les pouvoir publics, et en premier lieu l’État, ne peuvent plus se
    contenter de belles déclarations : considérer la lutte contre les violences faites
    aux femmes « grande priorité nationale » c’est aligner les moyens humains et
    financiers qui vont avec ! Et, il y a urgence !

C’est pourquoi, nous nous réjouissons que, suite à nos interpellations, notre
collectivité se soit dotée en 2023 d’un Observatoire des violences envers les
femmes. J’en profite pour saluer le travail des équipes de l’Observatoire,
notamment le diagnostic partagé -une mine précieuse de données sur le sujet,
données qui confirment cette tendance à la hausse. Les Hauts-de-Seine n’est
pas un département épargné. 3 chiffres l’illustrent – entre 2022 et 2023 :
→ + 86 % de tentatives de féminicides
→ + 13 % de viols conjugaux
→ + 3,5 % de violences conjugales
Et c’est sans compter le fait, que les violences conjugales sont sous-dénoncées :
le taux de plainte variant de 16% à 18% environ selon les années, c’est à dire
que près de 80% des victimes ne vont pas porter plainte !
Cette situation nous oblige et c’est pourquoi nous avons besoin de l’expertise
des associations qui, depuis des décennies, accompagnent les femmes victimes
de violences, animent des ateliers de sensibilisation sur nos territoires, dans
nos écoles, dans nos centres sociaux, font des permanences dans nos hôpitaux,
au Tribunal, forment les policiers dans nos commissariats.
Car c’est évidemment vers elles que nous nous tournons et auprès desquels
nous déléguons ce travail. Ce sont elles d’ailleurs que nous retrouvons dans les
contrats locaux que nous votons ici aujourd’hui. Ces associations, nous le
savons, elles sont incontournables !
Or, TOUTES nous disent les difficultés à faire face à la demande croissante sans
revalorisation de moyens. Je pense notamment aux difficultés du Planning
familial, qui subit un assèchement financier sans précédent, et qui, face à la
baisse drastique de ses subventions, interpelle les responsables politiques et se
voit contraint de lancer une campagne d’appel aux dons.
Je pense également aux Centres d’Information sur les Droits des Femmes et
des Familles, les CIDFF, créés en 1972 à l’initiative de l’État. Ils constituent le
premier réseau d’accès aux droits des femmes en France.
Depuis l’adoption du projet de loi de finances 2025, une grande partie des
subventions, dont la compensation financière de la “Prime Ségur », n’a toujours
pas été versée par l’État, ni aux CIDFF, ni au Planning familial. Cette
contrepartie s’élève à 7 millions d’euros concernant le CIDFF. A cela s’ajoute le
contexte de baisse des subventions des collectivités territoriales, qui ellesmêmes
connaissent des difficultés budgétaires.

Les conséquences sont donc sans surprise, dramatiques : réduction de leur
activité, fermeture de permanences, suppression de postes.
C’est le cas du cidff 92 nord qui, faute de moyens, vient de licencier leur 2ème
psychologue, exerçant à 80 %, recrutée l’an passé, pour faire face à l’explosion
des demandes = c’est une ABERRATION quand on connaît la longueur des listes
d’attente pour obtenir un rdv avec une psychologue ! ET l’association vient elle
aussi de lancer un appel aux dons.
En effet, entre 2021 et 2024 le CIDFF a vu augmenter de :
→ 176% ses entretiens psychologiques et de
→ 172% les ateliers de sensibilisation à destination des jeunes
Des sollicitations qui ne reculent pas, et notamment nous disent-elles, de plus
en plus par de jeunes femmes victimes de violences.
Aussi, afin de continuer à remplir ses missions en termes d’accompagnement
des victimes, et je précise qu’elles sont par ailleurs, les seules sur le territoire
à proposer un accompagnement juridique global, en droit pénal et en droit civil
par des juristes spécifiquement formées et spécialisées ; l’association a donc
fait une demande d’augmentation de sa subvention annuelle départementale,
logique puisque les sollicitations augmentent, demandant ainsi 30k€ au lieu des
20k€ ; mais vous avez refusé !
Ce refus est totalement incompréhensible, et pour tout dire, il est grave.
Grave, car derrière il y a des vies en jeu, il y a des femmes et des enfants à
protéger, il y a des orphelins à éviter car c’est bien cela les conséquences des
féminicides : c’est une mère tuée par un père, qui soit se suicide, soit finit en
prison = c’est une fabrique à orphelins ! que vous retrouverez dans les
statistiques de l’Aide Sociale à l’Enfance.
J’insiste donc sur le fait que cette demande d’augmentation est vitale pour
cette association, mais surtout pour les altoséquanaises qui en bénéficient et
au regard des éléments que je viens d’énoncer, elle apparaît amplement
justifiée.
De même, l’intégration du CIDFF92 dans le dispositif Femmes Victimes de
Violences 92 est essentielle. Il a formulé une demande en ce sens, depuis
plusieurs années, et c’est systématiquement un refus. Surprenant, car le CIDFF
est un partenaire incontournable, je le disais, il est sollicité par nos services
départementaux. Là aussi, il est incompréhensible qu’il ne fasse pas partie du
dispositif FVV 92. Quelles sont les raisons de ce refus ?

Pour finir, je voudrais insister sur le fait que cette situation est principalement
due au désengagement de l’État : ce sont des choix politiques, pas une fatalité
budgétaire. Ce gouvernement abandonne les femmes, il abandonne les
familles populaires et les territoires et cela nous le dénonçons ;
Face à l’urgence sociale, ne regardons pas ailleurs.
Je vous appelle à vous tenir de leur côté, je vous appelle à faire mieux que le
gouvernement.
Je vous remercie.