Voir l’intervention de Denis Datcharry en vidéo ici :
Monsieur le Président, chers collègues,
Le bilan des émissions de gaz à effet de serre qui nous est présenté ici, ainsi que le plan de transition qui l’accompagne, s’inscrivent dans le cadre de la loi énergie-climat, et plus largement dans les objectifs fixés par l’Accord de Paris de 2015.
Pour mémoire cet accord posait comme horizon la réduction des émissions de 45 % d’ici à 2030, et zéro émission nette d’ici à 2050, afin de limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels.
Nous prenons donc acte de ce document, qui présente un plan concret, structuré autour de 7 leviers et de 23 actions.
Pour autant, avec un objectif affiché de -5% d’émissions d’ici 2027, soit -1,7% par an, est-il vraiment à la hauteur de l’urgence, alors que le GIEC préconise une réduction annuelle des émissions mondiales d’environ -7 % ?
Car l’heure est grave : comme vient de l’annoncer la communauté scientifique, l’objectif d’un réchauffement climatique sous la barre des 1,5 °C devient aujourd’hui inatteignable, du fait du niveau actuel des émissions !
Ceci ouvre des perspectives inquiétantes, et il nous semble un peu trop optimiste d’affirmer, comme le dit le rapport, que « la crise du climat augure une authentique opportunité de progrès sociétal et social » et constitue « un accélérateur de changement vers un monde plus décarboné, mais aussi plus agréable à vivre ».
La sombre réalité qui s’annonce, et dont le récent épisode de canicule est un indicateur supplémentaire, devrait plutôt nous inviter à la modestie et au sursaut. Songeons, aux très nombreuses victimes des catastrophes météorologiques, ou aux réfugiés climatiques de plus en plus nombreux dans les pays du Sud…
Il nous faut donc travailler d’urgence, collectivement et à tous les échelons territoriaux, à la mise en œuvre d’objectifs plus ambitieux, que ce soit en matière d’achats publics, de soutien aux circuits courts, de mobilités, de rénovation énergétique ou d’énergies renouvelables.
Car, année après année, de bilans en bilans, de catastrophes climatiques en catastrophes climatiques, les grandes déclarations optimistes du passé se trouvent toujours démenties.
Il est essentiel d’avoir un ensemble d’actions cohérentes, au moins au niveau national, et on regrette que cette indispensable cohérence politique sur les enjeux climatiques et environnementaux fasse encore défaut, notamment dans les rangs de la droite :
On l’a vu récemment avec la loi Duplomb concernant l’agriculture, ou encore avec la demande d’un moratoire sur le développement des projets éoliens et photovoltaïques… on l’a vu aussi en 2019 sur le vote de la loi Climat, avec des amendements LR qui visaient à atténuer les objectifs de la loi.
On peut ajouter que la perte d’autonomie financière des collectivités, mise en œuvre avec le soutien de la droite nationale, contribue à réduire notre marge de manœuvre locale en matière climatique : ce que la droite fait sur le plan local, elle est souvent prompte à le défaire sur le plan national !
En matière de climat, et pour conclure, j’ouvrirai encore davantage le débat en rappelant que c’est bien le principe de l’économie capitaliste, basé sur la croissance économique infinie et la maximisation des profits, qui est une des causes profondes de la crise climatique.
Les intérêts des multinationales et de la finance priment aujourd’hui sur les urgences environnementales et sociales : pour sortir de cette impasse globale, et espérer un réel progrès humain, il est urgent de repenser l’ensemble de notre modèle économique !
Je vous remercie.
