Regardez l’intervention de Nadia Mouaddine en vidéo :
Monsieur le Président, chers collègues,
Nous examinons aujourd’hui le budget primitif des établissements départementaux de l’aide sociale à l’enfance. Trois structures sont concernées : la pouponnière Paul Manchon, le centre maternel Les Marronniers, et la Cité de l’Enfance.
Ces établissements ne sont pas de simples dispositifs comptables ou des lignes budgetaires Ce sont des lieux de protection, mais aussi de reconstruction, où se joue parfois la possibilité pour un enfant de se réparer, de se projeter dans l’avenir.
Ils fonctionnent grâce aux équipes pluridisciplinaires qui, chaque jour, accompagnent avec engagement des enfants, des adolescents, des mères, souvent en situation de grande vulnérabilité.
À la Cité de l’Enfance par exemple, les personnels nous alertent clairement : les moyens humains sont aujourd’hui insuffisants pour permettre un réel accompagnement individualisé. Les enfants accueillis ont des besoins spécifiques : médicaux, psychologiques, orthophoniques, éducatifs, culturels, sociaux. Ils ont besoin de temps, de stabilité, de présence. Ils ont besoin de pouvoir voir leurs parents dans des conditions encadrées et sécurisées.
Les éducateurs, psychologues, coordinateurs, personnels techniques, font ce qu’ils peuvent. Mais ils n’ont plus les ressources suffisantes pour assurer tous les rendez-vous, tous les suivis. Et ce lien humain, cette continuité de l’accompagnement, ne peut pas être assurée par des intérimaires.
Les liens avec les Services de solidarité territoriale (SST), qui permettaient autrefois de coordonner certaines missions comme les visites médiatisées, se sont distendus, non par choix mais par contrainte. Les agents des SST sont eux aussi confrontés à des difficultés croissantes, à des effectifs tendus, à une charge de travail toujours plus lourde. Ils ne peuvent plus assurer pleinement leur mission d’accompagnement aux côtés des établissements. Résultat : les équipes sur site se retrouvent souvent seules à porter des situations de plus en plus complexes.
Aujourd’hui des besoins urgent à la Cité de l’Enfance sont identifiés : un agent technique polyvalent, deux psychologues, un coordinateur, une infirmière. Et pourtant, les comités d’emploi ne se réunissent que tous les deux mois, ce qui ralentit les recrutements, même urgents.
Un autre exemple révélateur : l’enveloppe dédiée aux locations saisonnières, qui permettait aux enfants de sortir de l’institution, de respirer, est de plus en plus restreinte. En dehors du site de Noirmoutiers, l’accès aux gîtes est devenu difficile, alors que ces temps hors les murs sont essentiels pour ces enfants.
Dans ce contexte, je souhaite revenir sur la gestion des excédents budgétaires, en particulier ceux de la section d’exploitation donc de fonctionnement plus d’un million d’euros à la pouponnière, 563 000 € au centre maternel, 1,3 million à la Cité de l’Enfance. Certes, une part est bien réinjectée dans les budgets 2025. Mais plusieurs centaines de milliers d’euros restent capitalisés, alors même que les besoins en personnel sont concrets, urgents, documentés.
Le Département dispose pourtant de marges. Ces excédents pourraient permettre d’agir dès maintenant sur l’attractivité des postes, de soutenir les équipes en place, de garantir un accompagnement digne pour les enfants. Ce sont des leviers, immédiatement mobilisables.
Aussi, Monsieur le Président, je vous pose ici une question sincère, sans esprit polémique :
pourquoi ne pas mobiliser plus largement ces ressources dès aujourd’hui, au service des besoins de terrain ?
notre collectivité est en capacité de prendre ses responsabilités, d’initier des réponses fortes, concrètes, locales.
La crise de la protection de l’enfance est exacerbée par les défaillances de l’État certes et comme le souligne le rapport parlementaire publié le 8 avril 2025. Après plus de 60 auditions, il met en lumière des structures surchargées, des carences dans la prise en charge, et un désengagement de l’État qui transfère la pression financière sur les départements tout en réduisant ses financements.
Cependant, contrairement à d’autres collectivités, notre Département des dispose encore des moyens financiers nécessaires pour agir efficacement.
Pour notre part, nous disons qu’il y a urgence. Urgence à recruter, urgence à valoriser, urgence à écouter les personnels. Urgence à faire de la protection de l’enfance autre chose qu’un exercice comptable.
Pour toutes ces raisons, nous voterons contre ce budget, en cohérence avec notre engagement aux côtés des agents, des enfants et des familles.
Je vous remercie.
