Article de Anne-Sophie Damecour – https://www.leparisien.fr/hauts-de-seine-92/energies-renouvelables-le-departement-des-hauts-de-seine-se-dote-dun-nouvel-outil-pour-accelerer-la-cadence-10-01-2024-PS3FQEJYYFAKPJLFE2EXSDSNCE.php

À ce jour, moins de 3 % de l’énergie consommée dans les Hauts-de-Seine est produite à partir d’énergies renouvelables et de récupérations locales. La marge de progression pour tendre vers une autosuffisance est donc considérable si l’on considère les différentes pistes à explorer en matière de géothermie, d’énergie solaire, d’éolien, de chaleur fatale générée par les data centers ou encore de récupération de chaleur par la combustion des déchets.

C’est d’ailleurs en partant de ce dernier processus que le département a entamé une réflexion plus globale sur les énergies renouvelables sur son territoire. Réflexion qui a abouti au projet de création d’une société d’économie mixte locale (SEML), acté lors de la dernière séance publique du conseil départemental. Car Boulogne-Billancourt et Issy-les-Moulineaux, au sud, ainsi que Levallois, Clichy et Gennevilliers, au nord, sont alimentés par la Compagnie parisienne de chauffage urbain (CPCU), via la combustion des déchets des incinérateurs du Syctom d’Issy-les-Moulineaux et Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis).


Un marché que la Ville de Paris n’a pas renouvelé depuis 97 ans, ce qu’elle va devoir faire dans les deux ans à venir. « Nous avons reçu un courrier nous annonçant que nous serions exclus du nouveau marché, sans même nous avoir demandé notre avis », rapporte Pierre-Christophe Baguet, maire (LR) de Boulogne-Billancourt et vice-président du département en charge des finances. Le risque, pour les villes concernées, est de se retrouver avec le reliquat de chaleur des incinérateurs du Syctom une fois la capitale servie, soit pas grand-chose.

« Nous ne disposons pas d’une vision d’ensemble »

D’où la création d’un opérateur départemental afin de « promouvoir l’innovation pour développer un mix énergétique ». « Aujourd’hui, la compétence énergie est dispersée entre plusieurs échelles territoriales, avec un rôle prépondérant attribué aux communes, souligne le président du département Georges Siffredi (LR). Force est de constater que nous ne disposons pas d’une vision d’ensemble, nécessaire pour déployer une véritable stratégie à même d’accélérer la transition énergétique. »

La future SEML, qui verra le jour dans quelques semaines et sera présidée par le maire de Boulogne, sera à la fois « un outil stratégique de définition et de pilotage, un outil opérationnel de financement au profit des communes et un outil d’accompagnement et de conseil ». Elle sera dotée d’un budget conséquent de « plusieurs dizaines de millions d’euros », selon Pierre-Christophe Baguet. Et compte déjà comme partenaires la Banque des Territoire et le Syndicat intercommunal pour le gaz et l’électricité en Île-de-France (SIGEIF).

Photovoltaïque : 54 bâtiments identifiés

Le département a déjà commencé à travailler sur des pistes en matière de développement du photovoltaïque sur son propre patrimoine, avec 54 bâtiments où le potentiel est avéré. « Il s’agit là d’une première étape. D’autres études seront conduites en lien avec les communes et notre bailleur Hauts-de-Seine Habitat », précise Georges Siffredi, qui souhaite que soit également mis en place un « schéma directeur actualisé des énergies renouvelables, en ciblant dans un premier temps les réseaux de chaleur et de froid sur le territoire ».

Car selon lui, dans certains domaines, à commencer par la géothermie, la multiplication des initiatives, avec notamment des opérateurs privés « ne favorise pas l’émergence de projets cohérents et complémentaires ». « L’exploitation d’une gélule (elle représente l’emprise du périmètre d’exploitation) pour développer un réseau de chaleur dans une commune peut empêcher une autre commune de développer le sien », développe le président du département puisqu’il existe des distances réglementaires entre deux points de forage.

L’initiative du département a été particulièrement bien accueillie par les élus d’opposition de gauche de la collectivité. « La production d’énergie doit rester publique, c’est un enjeu essentiel pour l’égalité entre les territoires », a ainsi souligné Denis Datcharry, conseiller départemental (PCF) de Villeneuve-la-Garenne.